Association des chefs décorateurs de cinéma

Denis Hager et Les Anarchistes

En exclusivité | 21/11/2015

Décorateur du film d’Elie Wajeman sorti le 11 novembre, Denis Hager (ADC) nous parle de son travail sur Les Anarchistes.

L’action du film est située en 1899. Comment vous et Elie Wajeman avez-vous abordé le "film d’époque » ?
Dès notre première rencontre, Elie a été très clair. Il voulait une exactitude historique absolue. Il avait déjà rassemblé une énorme documentation picturale, photographique et littéraire.

Nous nous sommes imprégnés des habitudes de vie de cette fin du 19e siècle en général et du milieu anarchiste en particulier, à travers des expositions, des romans, les journaux de l’époque, et l’énorme documentation photographique d’Eugène Atget, également à travers l’oeuvre de grands peintres de cette époque, notamment Vuillard, Vallotton et Bonnard.

Que souhaitait le réalisateur en termes de décor ?
En partant d’ indications précises, comme l’idée d’un squat anarchiste dans un appartement bourgeois, Elie a évoqué des décors épurés, monochromes, des couleurs froides, des ambiances enfumées, des cendriers pleins.
En faisant le tri dans sa documentation, en l’écoutant parler, nous nous sommes attaché à définir l’ambiance globale du film, à travers des références cinématographiques, des films auxquels il voulait rendre hommage.
Puis nous avons affiné les intentions de couleur, d’ambiance et de meublage, en associant à chaque décor des tableaux et des photographies. Elie a construit un séquencier déco, avec des indications et des références précises.

Dans le cas des Anarchistes ou sur d’autres films, comment exprimez-vous vos idées de décor ?
Par des planches de tendance, présentant l’orientation générale des décors dans un premier temps. Puis, après repérage et sélection du meublage et des accessoires, de nouvelles planches comportant cette fois des montages précis des éléments choisis pour chaque décor ainsi que des échantillons de matières, tissus, papiers peints. Enfin, des dessins mettant ces éléments en scène dans le décor.
Dès que possible, nous essayons également de regrouper ces éléments dans les décors correspondants et de les présenter in situ.

Le chef opérateur David Chizallet a créé une image sombre, avec des noirs profonds, des contre-jours...Comment en avez-vous tenu compte dans les décors ?
David a été très présent avec nous sur le choix de la densité des teintes des peintures, rideaux et papiers peints des différents décors, jusqu’à la trame et la densité des voilages. Nous avons volontairement choisi l’option lampe à pétrole et bougie pour la plupart des décors, excepté le bar avec son éclairage au gaz, et l’établissement financier, seul décor « électrifié » du film.

Nous avons également joué la carte de la noirceur pour certains décors du film, je pense au hangar où les ouvriers de l’usine se réunissent, ou à la cellule de l’interrogatoire d’Albert, ainsi qu’à la densité de la patine dans la planque de Jean Albertini.

Quelques mots sur le travail de peinture et l’utilisation des papiers peints ?
Il a fallu réimprimer les papiers peints d’époque dont nous n’avions la plupart du temps qu’un rouleau, voire un échantillon. Souvent nous sommes passés par de multiples essais avant de retrouver la bonne teinte.
Pareil pour le faux cuir des cartonniers de l’établissement financier. Tous ces éléments nécessitent en plus un travail de patine très fin. Toutes les peintures murales ont été exécutées en travaillant la matière de façon à retrouver l’épaisseur et l’aspect des peintures d’antan.

Nous avons accordé beaucoup d’attention aux affiches et panneaux publicitaires peints, ainsi qu’au masquage des éléments modernes que nous avons camouflés par des ajouts de construction qu’il a fallu peindre et patiner pour les raccorder à l’ancien existant. Je pense notamment à l’usine et aux décors extérieurs avec leurs lots de bornes électriques, de digicodes et autre parcmètres, sans parler des menuiseries contemporaines.

Avez-vous été impliqué dans tous les repérages ? Certains décors ont-ils été présentés des difficultés particulières ?
Les repérages sont une partie très importante dans le travail de chef-décorateur. C’est là que je décide, avec le réalisateur, si un lieu convient ou non pour créer le décor décrit dans le scénario, tout en permettant de tenir le budget fixé pour le film.
Sur un film historique tourné en région Parisienne, il est très difficile de trouver des décors extérieurs sans grosses interventions de camouflage. Certains décors historiques présentent également la contrainte de camoufler ou de manipuler des objets dans un état de vétusté avancée sans les abimer, voire sans y toucher !

Dans quels lieux "patrimoniaux" ont été tournés certaines séquences ?
Principalement l’hôpital de Ville Evrard et le Château Vaugien à Saint-Rémy-Lès-Chevreuse.

La mise en scène est très proche des visages, avec peu de plans généraux. Une certaine frustration de ne pas voir les décors dans leur globalité ?
Effectivement, la plupart des plans larges ont été coupés au montage. C’est le choix du réalisateur, qui privilégie une intensité, un rythme, qui fait un film, et non un documentaire sur les décors.
Bien sur, il y a une légère frustration liée à l’égo, mais ne dit on pas qu’un bon décor est un décor qui ne se voit pas ? Le décor est là pour être habité par les acteurs, pour être sculpté par la lumière. Et la contribution à l’image reste évidente.

Pour finir, et rien à voir avec Les anarchistes : un film qui vous a marqué ou influencé ?
En tant que décorateur, sans hésitation, Le Locataire de Roman Polanski.

Une exposition, un spectacle, un livre...qui vous ait fait rêver récemment ?
La visite de l’atelier d’une peintre nommée Isabel Aguera, porte de Montreuil, dans le XXème arrondissement, l’impression de pénétrer dans une cathédrale.


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