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Le Brady, un cinéma « bis » raconté par son projectionniste

A voir, à lire, à écouter | 26/04/2016

LE BRADY, CINÉMA DES DAMNÉS
de JACQUES THORENS

Editions Verticales, 2015

C’est la biographie tragi-comique d’un cinéma interlope, glauque et pittoresque, Le Brady sur le boulevard de Strasbourg, dernier cinéma permanent parisien avec son double-programme jusqu’en 2003.

Celui qui y fut un temps projectionniste raconte ce temple pour les amateurs de cinéma bis (ou ter) : spaguetti westerns, giallo (polars sanglants) italiens, films érotiques ou classés X, films de kung-fu et d’épouvante…
Des films de genre comme les aime tant Tarentino, ici pour la plupart archi-fauchés, sous-produits destinés aux salles de quartiers alors nombreuses, jusqu’à leur disparition dans les années 1970/80.

Quand Jacques Thorens s’ennuyait à sa caisse, il feuilletait le cahier qui répertoriait l’intégralité des films passés au Brady. Florilège : Le sadique aux dents rouges, Commissaire X traque les chiens verts, Billy the Kid contre Dracula, Trinita prépare ton cerceuil, Le puceau se déchaine, L’Invasion des araignées géantes…

D’un ton drôle et attachant, il décrit ce qui était devenu un refuge pour les fêlés et soiffards en tous genre. Les clochards venaient passer la nuit dans ce « lieu dingue et insubmersible, le seul cinéma où la file d’attente devant les toilettes était plus longue que devant la caisse et où l’on pouvait, à l’occasion, se faire griller des saucisses sur un Butagaz. »

« Un grand dortoir et un lupanar, un club de rencontre pour vieux homos maghrébins, un vestiaire pour prostituées bulgares » (Juliette Cerf pour Télérama, 30/10/2015)

Autant qu’un portrait d’une salle et de ses habitués, le livre se lit aussi comme un témoignage sociologique sur le quartier Château d’Eau, et la carte géopolitique d’une programmation cinématographique aujourd’hui disparue.

On peine à croire qu’une telle salle ait survécu aussi longtemps en plein Paris ! Jacques Thorens y fut pourtant plus heureux que quand il travailla ensuite pour une salle « normale » à la Bastille.

Entre 1994 et 2011, Jean-Pierre Mocky fut le propriétaire du Brady. Aujourd’hui rénové, c’est un cinéma-théâtre, classé Art et Essai.


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