Association des décoratrices et décorateurs de cinéma

Valérie Grall en interview

En exclusivité | 08/12/2014

A la vie, de Jean-Jacques Zilbermann est sur les écrans, les décors sont de Valérie Grall et on la remercie d’avoir joué au jeu du questionnaire.

Le déclic qui vous a fait aller vers le cinéma ?
Les rencontres. La confiance de mon frère ainé qui était assistant réalisateur, qui pensait que j’avais du talent. Il m’a donné des coups de pieds aux fesses. Cela a été efficace car j’ai été une bonne assistante et rapidement investie de la responsabilité du décorateur. On peut appeler ça un déclic.

Une femme chef déco au milieu des années 1980, plutôt rare…Difficile de s’imposer à ce poste à l’époque ?
Non par chance, et curieusement les deux personnes qui y ont vu un inconvénient était exactement celles dont on n’attendait pas qu’ils y soient opposées.
Une fois, c’est une réalisatrice qui a jugé qu’elle ne pouvait pas travailler avec une femme enceinte (je l’étais de deux mois), et un réalisateur engagé à gauche qui n’arrivait pas à imaginer ce métier au féminin…(il ne savait pas en quoi consiste ce métier et l’imaginais, mais mal).

De film en film, vous avez adopté une méthode ou des habitudes pour imaginer les décors ?
Aller au plus loin du "goût" du film pour tenter de produire avec le metteur en scène un style.

Télévision ou cinéma, pour vous une vraie différence ?
Non aucune. Et je suis contente que Bruno Dumont nous prouve qu’il n’y en a pas. Fabriquer des films intéressants et créatifs pour la télévision, c’est un superbe combat auquel je suis très heureuse de participer et nombreux sont les metteurs en scène qui le mènent.

Que dites-vous aux jeunes qui vous contactent pour faire ce métier ?
Qu’il faut avoir de la curiosité. S’intéresser à la recherche des formes dans le domaine du cinéma certes, mais aussi des arts plastiques, de la danse, du théâtre, de la musique, de la littérature, de l’architecture. Tout est lié.

Depuis vos débuts, sur une préparation ou un tournage, un beau souvenir...
La recherche du "Docteur Boat" sur le port de Manille en compagnie de Jacques Perrin pour une série qu’il avait initiée sur les Médecins du Monde : une gageure quasi impossible.
Les plus beaux souvenirs sont souvent liés aux paris les plus fous, aux metteurs en scène ambitieux et aux productions qui arrivent à les gérer avec malice et engagement.

…et un moment difficile ?
Les plus mauvais sont liés aux malentendus. Quand le producteur est contre le metteur en scène. Les techniciens sont pris en otage.

Un film, une expo, un spectacle qui vous a fait rêver récemment ?
Je recommande de voir le travail Markus Retz. De marcher la nuit dans les villes, d’écouter le silence. L’opéra de Martin Crimp. Pelleas et Melisande. Pommerat au théatre. Le minimalisme d’Aurelien Bory. Le regard de Pierre Huyghe etc…

Si vous n’aviez pas été décorateur (trice)...
Plasticienne, architecte...écrivain ? Mais je crois qu’il est illusoire de penser qu’on choisit un métier comme on choisit un caramel dans une vitrine. On essaye de se diriger vers ce qu’on aime sans doute, après il faut savoir lever ses propres inhibitions, or ça c’est un vrai travail.

Quelques mots sur les décors de A la vie, situés en 1960 ?
J’ai pensé à Jacques Tati, maître inégalé. Parfois on l’effleure dans la reconstitution de Berck-Plage des années 60. Nous avons trouvé chez un restaurateur qui est devenu un ami de très beaux documents d’archives, très émouvants.
Nous n’avions pas les moyens d’une reconstitution phénoménale et nous nous sommes restreints à une zone de champs sur le front de mer. Parfois ça dérape vers une imperfection esthétique car nous sommes toutefois dans des décors naturels contemporains, mais ces touches contribuent à l’intention de scène théâtrale que j’aime bien.
Le léger décalage qui me semble indispensable quand on collabore à une narration certes réelle (l’histoire est celle de la mère du metteur en scène), mais réinterprétée à travers les yeux du cinéaste (le choix de Berck-Plage) et les contraintes du cadre filmique.


Lire aussi les autres actualités pour En exclusivité

 

l’interview François Emmanuelli

En exclusivité | 27/03/2013

Des années après Le goût des autres (2000), le décorateur François Emmanuelli retrouve Agnès Jaoui pour Au bout du conte, actuellement en salles. Il (...) Lire la suite

Interview de Riton Dupire-Clément

En exclusivité | 03/03/2013

Décorateur de « Camille Claudel 1915 », le film de Bruno Dumont présenté au dernier festival de Berlin, Riton Dupire-Clément répond aux questions de (...) Lire la suite

l’interview : Jacques Rouxel

En exclusivité | 13/02/2013

Actuellement en tournage à Prague pour la première saison d’une série internationale dont il est le décorateur, Jacques Rouxel a pris le temps de (...) Lire la suite

Chef décorateur de « Paulette », la comédie de...

En exclusivité | 14/01/2013

Chef décorateur de « Paulette », la comédie de Jérôme Enrico sur une dealeuse du troisième âge, Christophe Thiollier se prête au jeu de l’interview. (...) Lire la suite

Frank Schwarz

En exclusivité | 04/01/2013

Frank Schwarz, chef décorateur, répond aux questions de l’ADC, à l’occasion de la sortie du film L’homme qui rit, de Jean-Pierre Améris. Comment (...) Lire la suite

1 | ... | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11

ADC

Association des décoratrices et décorateurs de cinéma

Siège : ADC ℅ CST 22/24, avenue de Saint-Ouen 75018 PARIS

Mentions légales

© ADCINE tous droits réservés

Design: Porte-voix.com  Benoit Godde / Réalisation : Akilia.net