Association des chefs décorateurs de cinéma

Lévy Stéphane

Bande démo

Luftbusiness

31 janvier 2008
  • Réalisateur : Dominique De Rivaz
  • Production : Cab.productions CH. & Iris LUX.

Diaporama

Notes de Lévy Stéphane, chef décorateur

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LOIN DU CŒUR DES VILLES SATISFAITES

L’univers du film, par Stéphane Lévy, direction artistique

La ville, une ville allemande imaginaire, a d’emblée été pensée loin des schémas urbains où nous nous complaisons, loin des schémas qui nous rassurent, loin du « cœur des villes satisfaites ».

L’univers de Luftbusiness a été voulu inconfortable. Des décalages obligent à réinterpréter les codes de la cité, à élargir le champ de vision. Chaque décor s’est construit sur la transparence : la serre, l’internet café, les tours de la City, l’entrée du Mc Clean, les bocaux de la morgue… Hamlin, à la croisée de plusieurs grandes villes allemandes, force le regard. Un regard vers notre propre futur.

La recherche iconographique préliminaire pour cette fable urbaine a porté essentiellement sur la vie en Russie. Une ‘bible’ d’images, de plans et de croquis, a été mise à disposition de l’équipe artistique et des producteurs. Il était important que toutes les visions se rejoignent. Une ville de fable allait être créée.

Dans la topographie imaginaire de Hamlin, une rivière, Styx symbolique, sépare la ville du Dépôt (la morgue des sans-abri, de ceux que personne ne réclame). La ville se partage en deux : la ville pauvre, celle de l’Internet Café, et la ville riche, la City. Des exclus y vivent, dans des campements de bric et de broc ou de tentes, comme on les voit à Paris. Leur univers est conçu dans une gamme de couleurs froides, sans brillance aucune. Des couleurs qui disent l’inconfort, le lot des mal lotis. De précises taches de couleur font exception à la gamme froide des couleurs : l’icône de la Trinité d’Andreï Roublev, les couvertures du grand lit de la serre (aux couleurs de l’icône), la guitare rose fluo de Filou, la camionnette de Monney Logistics, l’écharpe rose du Tricoteur, les cravates des aides de Körlin… Une monochromie avec taches signifiantes.

La serre, ce lieu central où le visible et l’invisible se joignent, a été pensée à mi-chemin entre un aquarium mal entretenu et une cathédrale de verre. Sale vers le bas, elle se purifie vers le haut. On ne sait rien de ce qu’elle fut, bizarrement implantée dans un reste de friche industrielle. La serre est un palais déraisonnable, un lieu d’enfance, un lieu magique, enfoui dans nos mémoires. La serre a dû être fabriquée de toutes pièces. Sur un squelette d’acier soudé et monté sur place ont été posés des plaques de verre ainsi que du verre synthétique. La structure à trouvé son âme sous la patte experte des peintres patineurs et des ensembliers accessoiristes. Au total une équipe qui a compté jusqu’à vingt-quatre personnes.

Le Dépôt a eu un modèle. La morgue des pauvres de Tallin, en Estonie : les cercueils de planches disjointes, même pas nettoyées de leur écorce, sont ceux des sans-abri. Au Dépôt sont consignées les traces de fondations écroulées, sont répertoriés les petits riens qui n’intéressent pas la grande Histoire. Une dignités y est donnée aux morts de la rue. La morgue de Körlin est un lieu qui refuse l’indifférence. Nous avons repéré la maison de briques couleur sang dans une zone industrielle à la dérive. Des bureaux, des salles de laboratoire, un musée minéralogique, reliques du passé minier glorieux du Luxembourg. Deux stagiaires ont rempli chaque bocal des âmes avec des objets répertoriés par listes, un millier de bocaux, chaque bocal ayant son histoire et donc son âme.

Le Café Internet est, à l’opposé un lieu de vie, le lieu des échanges. Multiculturel, plein de chaleur humaine. Y soufflent les brises, les vents du monde. Situé en sous-sol, dans un anonyme passage souterrain aux néons hexagonaux, l’Internet Café est un ovni au décor à la fois futuriste et vieillot. Les peintres patineurs ont entièrement retravaillé le lieu pour lui donner son ambiance enfumée. Les ordinateurs, à la fois démodés et actuels, font se mêler les temps.

La banque du sperme est un lieu fantasmé de part en part. Un couloir d’école technique très design a été transformé par des cloisons et des cabines. Un rouge audacieux a été choisi pour le comptoir et la cabine. Ce même rouge a en revanche été ôté au local du don du sang : l’emblème de la Croix-Rouge, à la fois familier et déroutant, est ici gris. Univers familier et pourtant autre.

Les toilettes publiques de Rosa représentent le lieu immaculé qui rassure parce que tout peut y être purifié. S’y frôlent les contraires, l’eau et la vapeur des douches, le feu coloré de la chapelle de Rosa. S’y percutent deux extrêmes, le prosaïque et le sacré. Les miroirs du Mc Clean renvoient à chacun ce qu’il porte en lui.

D’autres décors encore, dont on pourrait narrer les bonheurs de la création : le cimetière sous la maison de Lila, le jardin potager d’une cure où nous avons mêlé nos tombes aux choux… Notre discrète bouée de sauvetage blanche et rouge sur le viaduc autoroutier… Le carrousel d’enfants trouvé pour la serre…

Les lieux et les matières d’une fable mêlée à quelques vérités.

Longs métrages

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