Association des chefs décorateurs de cinéma

L’interview de Nicolas de Boiscuillé

En exclusivité | 10/10/2014

Après un tournage en Algérie, L’Oranais de Lyès Salem, Nicolas de Boiscuillé a retrouvé des décors parisiens avec Samba, bientôt dans les salles. A son tour de se plier au rite de l’interview ADC !

Un spectacle, une expo, un livre...qui vous aurait marqué récemment ?
Un passage à la galerie Emmanuel Perrotin. Les artistes contemporains ont parfois la capacité à nous révéler une autre réalité, à nous guider au travers de leurs histoires.

Des films, ou des décorateurs, qui vous auraient donné envie de faire du cinéma ?
Ce qui m’a donné envie de faire du cinéma, c’est une énorme frustration. Petit, j’entendais mes parents parler avec émerveillement de Shining et Alien, films interdits aux moins de 14 ans. Un peu comme si tout le monde avait goûté au Nirvana et qu’il m’était interdit d’en croquer ! Je me souviens avoir compté les années. Ça crée des vocations !

Quel a été votre parcours jusqu’au poste de chef décorateur ? Y a-t-il un moment où vous vous êtes vraiment senti décorateur ?
En fait, je crois que ma première idée était d’être faussaire. Au lycée, j’excellais dans les faux papiers et les fausses signatures. Après, le goût pour l’espace, la photo, la couleur sont venues. J’ai donc intégré une école d’architecture tout en squattant parallèlement la FEMIS. Mon diplôme d’architecte en poche j’ai travaillé quelques années pour des shootings de mode et sur des courts-métrages.

Puis un ami réalisateur m’a demandé de l’accompagner comme caméraman sur des petits films institutionnels pour l’Unicef. Comme je faisait de la photo depuis une dizaine d’années il avait plutôt confiance. On a tourné sur tous les continents, dans des conditions difficiles. Nous allions dans des familles, souvent dans des villages perdus. Il fallait être très réactif.
Cette période a été très formatrice et m’a donné le goût de la reconstitution.

De la lecture du scénario à la première projection du film, le moment que vous préférez ?
Chaque moment est intense, mais la phase de préparation où l’ambiance du film se dessine peut à peu, où l’on fait connaissance avec le réalisateur est un moment particulièrement privilégié. On apprend à connaître les personnages au fil des conversations. Il y a aussi le moment où les comédiens prennent possession de leurs décors.

Par exemple, sur Polisse de Maïwenn, nous avions reconstitué un camp de roms. On avait tout préparé dans les moindres détails, on avait même allumé un grand feu. Quand les figurants, (des vrais roms) sont arrivés ils se sont installés. Chaque famille dans une caravane et ils nous ont dit qu’ils se sentaient vraiment bien et qu’on n’était pas obligé de démonter le décor à la fin de la journée.

...et celui que vous redoutez ?
Quand le devis est revu à la baisse. Mais la contrainte est stimulante. Dans ces moments-là, le dialogue est indispensable. Cela permet de se concentrer sur les points essentiels du scénario et de trouver des astuces pour que l’atmosphère recherchée transpire dans chaque scène.

Après le succès d’Intouchables, Samba est un film très attendu. Le décor a-t-il bénéficié d’un budget confortable ?
Quand Éric Toledano et Olivier Nakache m’ont appelé c’était Noël avant l’heure. Les réalisateurs d’Intouchables quand même ! Je sortais d’un tournage en Algérie particulièrement difficile, et cela a été un vrai cadeau. L’intensité et le confort de travail de Samba tombait bien. Je parle bien de confort, pas de luxe.

Quels étaient les parti-pris en termes de décor ?
Les univers abordés sont antagonistes ; ce qui amène une polarisation. Le risque était de tomber dans la caricature et le misérabilisme, ce qui aurait donné un parti-pris. Il fallait que ces deux univers se répondent. Et pour cela, il était essentiel de combiner cette volonté d’authenticité tout en gardant à l’esprit qu’il s’agissait d’un film grand public, d’un « feel good movie ».

Le film aborde un sujet dans lequel le contexte a une réalité qui peut être très sèche, très rude. L’enjeu était de garder une certaine dose de réalisme tout en stylisant et en donnant une homogénéité à l’ensemble. Pas mal de décors étaient fabriqués en studio à Bry-sur-Marne et il était indispensable de donner de l’espace de jeux aux comédiens dans de petits décors.
Souvent, une fois les décors terminés, à la dernière seconde je provoquais l’accident, la perte de contrôle qui apporte cette sensation de présent, de moments uniques. L’engagement et la sincérité de chacun a donné à ce tournage une grande intensité.

Des univers, des styles de décor ou des genres de film que vous aimeriez aborder ?
J’aurais payé pour passer le balai sur le plateau de Master and commander (Peter Weir, 2003). Sinon tous les genres m’intéressent.
Si les personnages ont de la chair, trouver la justesse et participer à leur donner vie me passionne, quelque soit le genre.

Un souvenir de tournage particulièrement fort depuis vos débuts ?
Ils sont tous fort, mais l’aventure de Royal bonbon (Charles Najman, 2001). Haïti, quatre mois dans l’univers du vaudou à apprendre les codes d’une religion mystérieuse et complexe. La folie était partout, devant surtout et derrière la caméra. Il fallait bien garder les pieds sur terre. Ce tournage m’a marqué ainsi que toute l’équipe.

Si vous n’aviez pas fait de cinéma...
je sais pas, photographe peut-être, mais sur les routes certainement.

La question manquante à laquelle vous auriez voulu répondre ?
Oui, je voudrais dire un mot sur la disparition programmée du studio de Bry-sur-Marne. C’est une catastrophe. Nous avons là un outil de travail exceptionnel, et il faut absolument se battre pour le conserver.
J’en profite d’ailleurs pour saluer le travail exceptionnel à ce sujet de Bertrand Seitz, Michel Barthélémy et l’ADC.


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