Association des chefs décorateurs de cinéma

Jean Rabasse raconte « Paramour »

En exclusivité | 30/05/2016

JEAN RABASSE (ADC) aime alterner les décors pour le cinéma et le spectacle vivant. Pour Paramour, avec Philippe Decouflé et la troupe du Cirque du Soleil, il était récemment sur les planches de Broadway. Interview sur cette expérience américaine.

Paramour est une création ou la reprise d’un show, comme souvent à Broadway ?  
A l’origine, Paramour était la reprise de notre spectacle Iris, créé à Los Angeles pour le Cirque du Soleil en 2010 et mis en scène par Decouflé au Kodak Theater (le théâtre de la soirée des Oscars).
Ce fut un succès critique mais le marché de Los Angeles ne pouvait supporter un spectacle de cette ampleur. Aussi, après un an et demi d’exploitation, le Cirque du Soleil l’a retiré de l’affiche.
La réalité est que le Cirque s’était associé à un producteur « local », Scott Ziegler, qui a tout fait pour en faire un spectacle « Broadway ». Donc finalement, très peu du premier spectacle est resté et nous avons presque tout recréé pour New York.

Comment a été défini l’univers de ce spectacle ?
J’ai voulu mélanger plusieurs influences, notre culture européenne avec des références explicites au cinéma hollywoodien. Pour les tableaux des années 20 et 30, j’ai évité le style Art-déco américain, je ne me voyais pas présenter aux américains leur propre architecture.
Ainsi, il y a clairement des références à Sonia Delaunay et ses tissus, au sculpteur Pico et sa façade des Folies Bergères que j’ai réinterprétée, et beaucoup d’autres. C’était assez drôle de jouer avec tous ces codes.

Pour la référence à Hollywood, vous avez donc cherché du côté des films ?  
Iris était un spectacle sur la création du cinéma, un univers magique et onirique sur les techniques, sur la genèse de l’image animée.
Pour Paramour, nous avons transposé cet univers dans une histoire d’amour se déroulant dans un Hollywood un peu rêvé, entre Charlot, les comédies musicales de Busby Berkeley, le Cléôpatre de Cecil B. De Mille mélangé à celui de Mankiewicz, Dick Tracy… Donc, un voyage artistique des années 20 aux années 50 puis 80, un grand voyage de références et d’univers.


Paramour Photo Richard Termine


Cleopatra Cecil B. DeMille, 1934

Sur le plan du décor ou de la scénographie, avez-vous travaillé à partir des codes des spectacles de Broadway ?
Je ne sais pas quels sont ces codes mais je sais qu’on s’est fait plaisir à jouer avec notre vision du spectacle. A part The Lion King et The Curious Incident of the Dog in the Night-Time, les scénographies sont assez classiques à Broadway.
Par contre, sur le plan technique, les américains connaissent plein d’astuces et de manières de faire bouger un décor, ils ne sont pas avares de conseils et de propositions. C’était une rencontre assez joyeuse.

Sur place et au Lyric Theater, avez-vous travaillé avec des techniciens américains ?  
Oui, en totalité. A part les éternelles questions de peinture qui sont si difficiles à transcrire, travailler avec les ateliers et les techniciens américains a été facile, et aussi un plaisir. Nous sommes assez proches sur ce point.

La scénographie s’est faite en fonction de la chorégraphie ou des acrobaties ?
Nous sommes arrivés avec l’univers de Decouflé et avec les caractéristiques et techniques du Cirque du Soleil. Travailler avec de l’acrobatie est un vrai challenge, c’est un mélange très particulier et difficile.
Chaque morceau de décor est une discussion avec les artistes et entraineurs du cirque. Pour aller plus loin, il faut avoir une grande force de proposition, l’expérience avec Decouflé est alors un atout important.
Donc, dès que de l’acrobatie entre en jeu, il y a un dialogue à deux, trois... dix personnes concernés par la performance mais aussi la Sécurité. Tout élément construit est validé par des ingénieurs et des entraineurs…c’est très lourd parfois…souvent !

Avec vous et Decouflé, Paramour a-t-il une « french touch » ?
Oui bien sur, c’est pour cela qu’on a été appelés. Ce spectacle était la rencontre entre :
- Broadway, une histoire très claire, des chansons, de la danse, de la couleur, de la lumière, rien n’est dans l’ellipse, tout est décrit et représenté.
- Le Cirque du Soleil qui s’est construit sur une vision totalement unique, baroque, proche de la commedia dell’arte, avec des images fortes et de l’acrobatie de très haut niveau.
- Decouflé ET sa bande, décor, costume, lumière, vidéo, chorégraphie, écriture…une vision toujours décalée de la réalité, aucun sens de la narration, des univers les plus barrés possible avec toujours la volonté de casser les codes.
La rencontre a été explosive et constructive. Il y a eu pas mal d’engueulades, de prises de pouvoir, de révolutions... Une expérience pas simple mais géniale !
Le résultat n’est pas mal du tout, même si la critique new-yorkaise a descendu le spectacle, trop décalé pour elle, ainsi que la narration et la musique, peu réussies et pourtant prises en charge par les américains…
Par contre le publique est hystérique et adore le spectacle, allez savoir….

Le meilleur souvenir dans cette aventure ? Et - si possible- le pire ?
Le meilleur était sans doute de voir des expériences de traitement de peinture assez complexes réussir mieux que prévu. C’est tellement difficile de partager sa vision de la couleur et de la texture, tellement liée à la représentation picturale d’une idée...
Le pire était de voir certains de mes camarades français se faire broyer par la machine américaine qui ne supporte pas la recherche, le doute ni la finesse, parfois….Dans ces cas là, l’esprit d’équipe est le seul rempart….

Lors de votre séjour à New-York, un spectacle, une expo, un lieu…qui vous a marqué ?
J’ai un gros défaut qui m’enrage à chaque fois à l’étranger. Une fois sur place, je suis totalement immergé dans mon travail et c’est impossible pour moi d’aller regarder ailleurs.
Par contre, j’avais une assistante « associated designer » américaine qui nous a fait découvrir les bars et cocktails de NY….


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