Association des chefs décorateurs de cinéma

Matthieu Poirot-Delpech Chef Opérateur

En exclusivité | 20/12/2012

Un chef opérateur répond aux questions des décorateurs : Matthieu Poirot-Delpech, coprésident de l’AFC. Il signe l’image de deux films récemment sortis : Hors les murs de David Lambert, Traviata et nous de Philippe Béziat.

Comment abordez-vous la lecture d’un scénario ?
La lecture du scénario est pour moi une étape délicate. J’ai toujours la crainte de « mal lire », de « me faire des images » trop éloignées des désirs du réalisateur. J’adore en revanche la première salve de repérages avec le réalisateur ou la réalisatrice, celle qui ne mène à rien mais qui permet de discuter de tout et de rien et de me faire mon portrait chinois du film que nous allons faire ensemble. Ces premiers repérages souvent infructueux permettent de préciser – parfois en creux – nos envies.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?
Elles sont diverses, mais la plus importante est sûrement la réalité… Les références (peinture, architecture, cinéma etc.) sont en revanche nécessaires pour établir une complicité. On en vient souvent à s’échanger des livres et des DVD comme les gamins le font avec les Pokemon dans la cour de récréation. Il s’agit de se construire rapidement une culture et des références communes.
Imaginez une collaboration idéale avec le décorateur d’un film
Pour qu’une collaboration soit fructueuse, il faut prendre le temps qu’elle se construise. C’est sans doute ce que n’ont pas compris les productions n’ont cessé de réduire les temps de préparation. C’est pourtant à ce moment là que peuvent se décider les vraies options artistiques d’un film : les ambiances, les couleurs…
Après, c’est trop tard. La collaboration idéale suppose donc du temps. C’est pour cette raison qu’il est particulièrement agréable d’avoir la chance de travailler souvent avec les mêmes personnes.
Tournage en studio ou en décors naturels, avez-vous une préférence ?
Il ne m’est jamais arrivé de tourner un film entièrement en studio. J’adorerais. Le tournage en studio comporte ses avantages (la liberté et le confort) et ses défauts (la liberté et le confort aussi). Je crois à la vertu des contraintes.

En trois mots, cinéma/télévision quelle différence ?
En général, pour un film de cinéma, c’est le réalisateur qui vous choisit, pour votre sensibilité et pour la complicité qu’il peut espérer obtenir de vous. A la télévision, c’est en général la production qui vous choisit pour votre aptitude à tenir un plan de travail. Autant me demander si je préfère un mariage d’amour ou un mariage arrangé !

Votre avis sur les techniques de prise de vue dans les tournages aujourd’hui ?

Il y a eu deux révolutions majeures qui ont concerné la prise de vues ces dix dernières années : Le passage au numérique et l’avènement de la lumière basse consommation. Pour ma part, je m’accommode assez bien du passage de la pellicule vers le numérique. En revanche, les nouvelles sources de lumière qui nous sont imposés par des lois européennes n’offrent aucun avantage qualitatif par rapport au bon vieux « tungstène ». On contraint les gens à s’éclairer de plus en plus mal !

Un film qui vous a marqué ou influencé ?
Les films qui me marquent m’influencent rarement. Lorsqu’un film m’émeut, en général je ne regarde pas les « coutures ». Je peux citer beaucoup de film que j’adore dont la photographie est quelconque. Je pourrais citer aussi beaucoup de film sans intérêt dont l’image est remarquable.
Les collaborateurs d’un film ne doivent pas céder à la tentation de faire la démonstration de leur savoir-faire. L’humilité et la sagesse de l’image d’un Nestor Almendros sont sans doute pour cela de vrais repères pour moi.

Lumière, décor… un film qui vous a fait rêver ?
Tout Kubrick ! Chez lui, lumière et décor ne font qu’un.
Tout Kurosawa ! Pour son sens de l’épopée et son humanisme.
Tout Kaurismaki ! Pour ses plans fixes qui me font rire.
Tout Kirostami ! Pour sa façon déroutante de dire une histoire.
Bref, tous les films des réalisateurs dont le nom commencent par un K !

Vos expériences à l’étranger ?
L’étranger, on y va pour des bonnes raisons (l’histoire, les décors) et de mauvaises raisons (crédit d’impôt, bas salaires). Dans mon cas ce fut le plus souvent pour de mauvaises raisons…

En quoi avez-vous changé depuis vos débuts ?
J’espère avoir gagné en sagesse.


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