Association des chefs décorateurs de cinéma

L’interview de Samuel Deshors

En exclusivité | 26/11/2013

Au tour du décorateur Samuel Deshors d’être interviewé à l’occasion de la sortie du 3ème film de Philippe Claudel, Avant l’hiver, dès demain dans les salles.

Un film, un spectacle, une exposition…qui vous a fait rêver récemment ?
Le dernier choc, c’était il y a quelques jours en regardant Possession d’Andrzej Zulawski, que je n’avais jamais vu. C’est bluffant. Le jeu incroyable d’Adjani bien sur, mais aussi la mise en scène, les cadres, les décors.
Le voir aujourd’hui, 30 ans après son tournage, lui donne une couleur particulière. Berlin, début des années 80.

Dans les sorties récentes (dans un tout autre style !), j’ai totalement plongé dans Gravity d’Alfonso Cuaron qui m’a réconcilié avec la 3D. Et J’ai beaucoup aimé la fable Snowpiercer de Bong Joon-Ho qui me donne envie de découvrir la BD.

En travaillant pour le théâtre, avez-vous éprouvé un plaisir qui manque au cinéma ?
Je n’ai pas une grande habitude du travail pour le théâtre. C’est donc difficile d’établir des comparaisons.
Et la scénographie que j’ai faite sur Angelo Tyran de Padoue de Hugo mis en scène par Christophe Honoré, reprenait beaucoup les codes du décor de cinéma, du tournage de cinéma. Les sources lumineuses et l’arrière des feuilles visibles, etc. Christophe voulait justement interroger le rapport cinéma/théâtre, donc...

Ce que je retiens comme plaisir spécifique au théâtre, c’est de travailler dans un autre rapport au temps. Beaucoup moins speed qu’une prépa de film, donc plus de temps de réflexion, de création.
La scénographie conditionne tellement la mise en scène, que l’on travaille encore plus étroitement avec le metteur en scène, la lumière, avec les comédiens aussi.
Bien plus l’idée de "troupe" qu’au cinéma où tout est plus segmenté.

A l’inverse, un plaisir spécifique au travail sur un film ?
Toujours ce rapport au temps, mais dans sa compression cette fois. A la fin de chaque projet, on se retourne et on voit la somme de travail abattu, la rapidité d’exécution...Voir tant de choses apparaitre et disparaitre aussi vite, c’est assez grisant.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?
L’inspiration, c’est tout le temps et n’importe où. Pas uniquement en période de préparation d’un projet. Les sources sont donc extrêmement variées. Dans la rue, un objet dans une vitrine, un artiste découvert dans une expo, revoir un film, etc.
Et après il suffit de tirer le fil. Une idée en amène une autre. Ca n’a aucune limite.

Ensuite, en période de préparation et de recherches plus ciblées, internet est un outil incroyable. Tout y est ou presque. L’idée est de savoir chercher sans se noyer.
A l’arrivée, le nombre de visuels brassés au cours d’un film est vertigineux.
La période de prépa, et même de pré-prépa en solitaire avec sa doc, est capitale et savoureuse. C’est elle qui nourrit le film.

Votre formation influence-t-elle votre style ou votre méthode de travail ?
Difficile de faire la part des choses, mais j’espère bien que oui, sinon à quoi bon !

Que conseillez-vous à ceux qui vous sollicitent et veulent faire ce métier ?
Les sollicitations sont nombreuses, au point que je n’ai pas toujours le temps d’y répondre. Je profite donc de ces lignes pour m’en excuser !

Je n’ai pas vraiment de conseils précis, si ce n’est de ne pas hésiter à traîner ses guêtres dans les écoles, s’incruster sur des projets, sur les courts métrages. Multiplier les stages. Quelle que soit la formation et le parcours, c’est ici que les choses s’apprennent. Et c’est souvent de cette manière que se font les rencontres, que les équipes se forment.
C’est parfois ingrat mais à chaque fois c’est une expérience. Ca permet de savoir ce que l’on veut, ce que l’on aime vraiment. Ce que l’on est prêt à accepter ou pas. Il faut être aventureux et patient, ce qui n’est pas contradictoire.

Une rencontre, un événement…décisif dans votre choix de faire du décor de cinéma ?
Il n’y pas eu de rencontre déterminante, ni de révélation. Cela s’est fait petit à petit on va dire, par une succession de choix.

J’ai toujours aimé le dessin, les arts graphiques. Et très jeune, je savais que c’était dans ce domaine que je voulais travailler. J’ai donc passé un bac F12 Arts Appliqués à Caen d’où je viens. J’ai poursuivi ma formation à Paris à Olivier de Serres avec un BTS EVEC (stands, plv, évènementiel, disons la com par l’espace et le volume).

Et très vite j’ai bien vu qu’il manquait une dimension à tout ça, que dessiner des stands pour des cornichons Maille n’allait pas suffire à m’épanouir ! J’ai alors passé le concours de La Fémis en section décor. J’ai échoué avant de le réussir l’année d’après.

Les années de formation à la Fémis ont été profitables. Je ne connaissais rien au cinéma, si ce n’est en tant que spectateur. Encore à l’école, j’ai fait pas mal de stages sur des films ou publicités notamment auprès d’Olivier Radot.
C’est aussi à La Fémis que j’ai rencontré Michel Barthélémy qui était dans le jury de diplôme de fin d’études. Il me donnera pour la première fois ma chance au poste de second assistant un peu plus tard.

Votre plus belle aventure ?
La prochaine !

Quelques mots sur le film Avant l’hiver ?
Un film de Philippe Claudel, avec Kristin Scott Thomas, Daniel Auteuil, Leïla Bekhti et Richard Berry.
C’est la 3ème fois que je travaille avec Philippe, et une fois encore beaucoup de plaisir et un travail dans une totale confiance. Un film automnal, la lente descente dans l’hiver d’un couple ébranlé dans ses certitudes.

Le décor principal est une grande maison contemporaine, largement ouverte sur l’extérieur. Une refonte totale du meublage pour coller aux personnages, mais la plus grosse intervention s’est faite dans le jardin. Un immense terrain à l’orée d’une forêt qu’il a fallu aménager et planter. Et une très belle rencontre avec Hugues Fernet, jardinier de talent sans qui nous n’aurions jamais pu relever ce défi.

Intégralement tourné et préparé au Luxembourg, ce film a aussi été pour moi l’occasion de goûter aux joies de la délocalisation "économique"...
Ce que j’ai préféré au Luxembourg, c’est la Belgique ! Du mobilier jusqu’à la petite cuillère en passant par les pépiniéristes, elle a été incontournable.

La question manquante à laquelle vous aimeriez répondre ?
« Si la vie n’a pas de sens, que faire de la soupe aux pâtes alphabet ? » Woody Allen


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