Association des chefs décorateurs de cinéma

L’interview de Bertrand Seitz

En exclusivité | 22/10/2013

A l’occasion de la sortie de « Fonzy », remake par Isabelle Doval du film canadien "Starbuck", le décorateur Bertrand Seitz répond à son tour à 10 questions pour l’ADC.

Quel(s) film(s) vous a marqué ou influencé ?
“Brazil” de Terry Guilliam, pour son invention de l’époque, son irrévérence et son humour dévastateur, le rapport du corps à l’espace y est très fort. C’est une œuvre complète ! Dernièrement, “ Incendie” de Denis Villeneuve m’a véritablement scotché au plafond !

Une rencontre, un événement, un décor...déterminant dans votre choix de faire du cinéma ?
De l’architecture, dont je suis, à la scénographie, la frontière est perméable ! J’y suis venu naturellement par le théâtre d’abord puis les films…

Les trois qualités indispensables du décorateur.
Ne pas se satisfaire du script mais lire entre les lignes, ne pas perdre son sens de l’humour (ça aide en cas de coup dur !), et puis surtout travailler sans relâche. Tant qu’il n’est pas livré, un décor reste une œuvre en gestation.

En quoi avez-vous changé depuis vos débuts ?
Je change pas, je m’améliore j’espère, en tout cas je profite pleinement du plaisir que procurent les nouvelles rencontres et les retrouvailles dans ce métier. Tout est une affaire de positionnement…

Des expériences à l’étranger ?
Beaucoup comme tous, et pas toujours pour de bonnes raisons !
“Walled in” de Gilles Paquet Brenner reste la plus intense. Entièrement en studio, entouré de producteurs qui m’ont suivi jusqu’au bout avec un grand respect du travail artistique sur le film.

Votre plus belle aventure ?
Je suis né deux fois, “ La cité des enfants perdus”, ou j’assistais avec Frank Benezech Jean Rabasse, un film hors norme qui la marque la fin de mon activité d’assistant. Et “Nid de guêpes” de F. Emillio Siri. Le début d’un autre rôle.…

Le film que vous avez toujours rêvé de faire et qu’on ne vous a jamais proposé ?
Je préfère rêver sur les films qu’on me propose, c’est plus motivant…

Quelques mots sur Fonzy, le film d’Isabelle Doval ?
Un remake n’est jamais simple, on est toujours tenté de se référer au premier opus. L’avantage que j’ai eu est de ne pas avoir visionné “Starbuck” au moment de commencer ce film. L’histoire, bien qu’invraisemblable, est inspirée d’un fait divers et les mécanismes de situations comiques y sont nombreux.
Le studio aurait pu se justifier pour le décor principal (le pavillon de Fonzy) mais nous perdions la possibilité d’une continuité intérieur/extérieur pour le découpage d’Isabelle. Nous avons donc opté pour un décor naturel largement transformé.
Forcer “le trait” sans caricature, c’est l’exercice qu’il nous était proposé pour cette comédie. Sans la complicité de Gilles Henry, le chef opérateur, cela n’aurait pas été possible. Au delà de l’exercice esthétique, j’aime ce film pour le sens de vie qu’il propose, Isabelle voulait un film “frais” et joyeux, elle a tenu parole.

Votre sentiment général sur le feuilleton qui vient de s’achever avec la signature de la convention collective ?
Un grand soulagement car l’avenir de nos métiers dépendait de l’extension de cette convention collective, chaque partie a fait les concessions nécessaires à cet accord dont de nombreux points restent encore à discuter.
Mais aussi un grand sentiment de gâchis ! Tout ça pour ça ! Me disent certains. Tout le monde s’en est mêlé et la campagne médiatique à charge que nous avons subie laissera des traces pour longtemps. Le clivage patronat /salarié n’a rien de surprenant, par contre celui que l’on a découvert avec les réalisateurs est nouveau. Il faudra du temps je pense, pour reconstruire cette “famille” du cinéma si chère à l’exception française…

La question manquante à laquelle vous auriez aimé répondre ?
Après cette convention, quel serait le prochain “combat” à mener pour le cinéma ?
La convention ne réglera pas tout ! La taxation du travail en France est lourde en comparaison de nos voisins européens, mais il est clair pour nous techniciens que l’avenir du cinéma français, celui de sa diversité, passe par une refonte de son financement, à commencer par les critères d’agrémentations du CNC qui ne bloquent pas assez la délocalisation des films pour des raisons économiques. C’est le moins qu’on puisse attendre de cette institution que beaucoup nous envient.


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